
Réunis ce jour à Ouagadougou sous l’égide du Président de la Confédération Ibrahim Traoré, les ministres de la Défense de l’Alliance des États du Sahel (AES) avaient pour mission prioritaire de valider le cadre juridique de leur “Force unifiée“. Pourtant, à peine six jours plus tôt, le Mali encaissait une nouvelle vague d’attaques coordonnées, rappelant crûment le décalage entre cette architecture institutionnelle et la réalité d’un terrain où cet outil militaire reste, pour l’heure, invisible.
La posture institutionnelle de l’AES
Prenant la parole au nom de la délégation ministérielle, le Général de division Célestin Simporé a d’abord situé le contexte de la rencontre : cette réunion des ministres de la Défense de l’AES s’inscrit dans la consolidation du renforcement des capacités opérationnelles de la Force unifiée, et participe de la mise en œuvre de la feuille de route de l’An 2 de la Confédération.
Il a ensuite expliqué la démarche de la délégation auprès du Président Traoré : les ministres se sont rendus auprès de lui par courtoisie, dans le but de recueillir ses orientations et ses conseils avant l’ouverture de leurs travaux, mais aussi pour échanger sur l’actualité et les développements en cours dans l’ensemble des pays membres de la Confédération. Selon lui, le Président de la Confédération a donné des orientations pour que la Force unifiée devienne le fer de lance de la lutte contre le terrorisme et du combat pour la souveraineté porté par les États de l’espace AES.
Sur la nature du conflit, il a livré son message le plus marquant, avertissant qu’il faut « prendre la mesure de la situation actuelle, qui n’est plus seulement une guerre contre le terrorisme, mais c’est une guerre qui peut être de longue haleine, une guerre de haute intensité », et que l’ensemble des pays membres doivent s’y préparer. Enfin, interrogé sur les récentes attaques terroristes au Mali, il s’est voulu rassurant, affirmant que la situation restait maîtrisée aussi bien au Mali que dans l’ensemble de l’espace AES.
Un discours de maîtrise qui contraste avec les faits
Pourtant, le 4 juillet 2026 à l’aube, des combattants du JNIM et du Front de libération de l’Azawad ont frappé simultanément Gao, Anéfis, Aguelhoc, Sévaré et Kéniéroba, des localités séparées de centaines de kilomètres. À Anéfis, un poste périphérique est tombé rapidement, suivi de combats de rue, et plusieurs militaires maliens auraient été capturés.
Cette offensive s’inscrit dans une séquence ouverte le 25 avril 2026, quand la même coalition avait déjà frappé Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal, un assaut qui avait coûté la vie au ministre malien de la Défense Sadio Camara et abouti à la perte totale de Kidal, malgré les frappes aériennes revendiquées par l’AES.
Une force qui grossit sans endiguer la menace
C’est là que le décalage devient frappant : la Force unifiée, censée être le “fer de lance” de la lutte antiterroriste, a vu ses effectifs tripler en moins de six mois, de 5 000 hommes à sa création en décembre 2025 à 15 000 validés en avril 2026, précisément pendant que le Mali subissait ses pires revers territoriaux depuis 2012. Autrement dit, la montée en puissance affichée comme un signe de force ressemble surtout à une course pour compenser une perte de terrain bien réelle.
Ce que confirment les analystes indépendants
L’Africa Center for Strategic Studies souligne que la capacité des groupes armés à frapper plusieurs régions à la fois, y compris à proximité de la capitale, expose des failles structurelles : défiance des populations, renseignement défaillant et réactivité limitée. Pour les experts, ces attaques répétées contredisent frontalement le narratif des juntes sur une situation “stabilisée”.
Alors que le Burkina Faso, en tant qu’hôte de cette réunion, cherche à consolider l’unité de la Confédération, le défi reste entier : comment transformer une volonté politique commune, portée par le Capitaine Ibrahim Traoré, en une efficacité tactique capable de sécuriser les zones sous tension ?
Trois jours après une nouvelle offensive coordonnée que la Force unifiée n’a ni anticipée ni empêchée, ses ministres se retrouvaient à Ouagadougou pour discuter… de son cadre juridique. L’écart entre l’urgence du terrain et l’agenda institutionnel de l’AES illustre une réalité que le discours officiel peine à masquer : sur le plan opérationnel, la force n’a pour l’instant pas su empêcher l’ennemi de choisir où et quand frapper.

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