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RCA : Tensions à Yongkoro, derrière l’affrontement minier, l’ombre du « 3R » et les dessous d’une guerre de territoire

©️ Daniel MBELLE MBARI / Bondiba, Ouest RCA — 09 juillet 2026

Le chantier minier de Yongkoro, situé à Bondiba, dans l’ouest de la République centrafricaine, s’est mué en un véritable champ de bataille ce mercredi 8 juillet 2026. Des tirs d’armes à feu ont résonné durant plusieurs heures lorsque les éléments des Forces armées centrafricaines (FACA), chargés de la sécurisation de la compagnie minière « Étoile d’Afrique », ont dû faire face à une foule de plusieurs milliers d’artisans miniers et de riverains en colère. Le bilan provisoire fait état d’un militaire grièvement blessé par des jets de pierres, de lourds dégâts matériels, dont la destruction des campements des FACA, et d’un arrêt total des activités extractives.

Au-delà de cette flambée de violence, l’analyse des faits révèle un conflit complexe où s’entremêlent détresse sociale, enjeux juridiques d’exploitation et, plus préoccupant pour la sécurité nationale, l’ingérence ouverte d’éléments armés du groupe 3R (Retour, Réclamation et Réhabilitation) dans la gestion des carrières de cette zone frontalière instable.

Selon notre correspondant sur place, l’étincelle a été provoquée mercredi, aux alentours de 10 heures. Un conducteur d’engin lourd de la société « Étoile d’Afrique » a entrepris de refermer, à l’aide d’un tracteur, un puits d’or artisanal appartenant à une habitante de la localité, alors que celle-ci venait de finaliser la préparation de ses graviers.

En signe de protestation et conformément aux usages locaux, la victime s’est entièrement déshabillée en public pour marquer son indignation et jeter le discrédit sur l’entreprise. Cet acte de désespoir a provoqué l’embrasement immédiat du site. Pris à partie par la foule, le conducteur du tracteur a été encerclé. Pour dégager l’engin et assurer la protection du personnel, le détachement des FACA a dû effectuer des tirs de sommation sur plus d’un kilomètre à travers la foule en colère. En réaction, des manifestants ont répliqué par des jets de projectiles, blessant gravement un soldat et brisant le pare-brise de la machine. Les installations logistiques des forces régulières, situées à proximité de la carrière, ont ensuite été intégralement saccagées.

Si la colère des artisans couve depuis un mois en raison de la fermeture de plusieurs puits, désormais sanctuarisés comme réserves exclusives par « Étoile d’Afrique », l’escalade de mercredi a pris une tournure éminemment politique et militaire. C’est le chef local des éléments du 3R qui a formellement ordonné aux artisans de passer à l’action et de lancer l’assaut contre les positions de l’entreprise.

Plus ambigu encore : après avoir orchestré l’insurrection, ces mêmes éléments du 3R se sont posés en « protecteurs » de la population en fin de journée pour apaiser les esprits, avant de mener, parallèlement aux FACA, des patrouilles de sécurisation nocturne. Cette cohabitation de fait entre l’armée régulière et un groupe armé non étatique illustre la fragilité du contrôle de l’État sur l’économie minière de l’Ouest centrafricain.

Pourtant, sur le plan juridique, la position de la société « Étoile d’Afrique », entreprise à capitaux nationaux inaugurée le 15 juin 2026, demeure inattaquable. Détentrice d’un permis d’exploitation délivré par le ministère des Mines et de la Géologie, elle dispose du droit exclusif d’occuper son périmètre.

Pour désamorcer les tensions, la direction de l’entreprise affirme avoir viabilisé, sur fonds propres, un espace alternatif de 15 hectares destiné à recaser l’artisanat local, moyennant un droit d’accès symbolique de 5 000 FCFA. Une démarche perçue par l’entreprise comme une main tendue, mais qualifiée « d’expropriation sauvage » et de « cadastre illégal » par une partie de la population locale, visiblement instrumentalisée par des intérêts concurrents et les forces du 3R.

Ce jeudi matin, le chantier de Yongkoro s’est réveillé dans un calme précaire. Si les armes se sont tues, l’activité économique reste au point mort. Ce conflit met en exergue le défi herculéen auquel fait face le gouvernement centrafricain : comment sécuriser les investissements des compagnies minières légales, indispensables aux caisses de l’État, tout en préservant les moyens de subsistance des populations et en neutralisant l’influence des groupes armés. Les regards sont désormais tournés vers Bangui, dans l’attente d’une commission d’arbitrage du ministère des Mines pour trancher le sort du site de Bondiba, dans la Nana-Mambéré.

Fidèle aux principes d’équité journalistique, notre rédaction a tenté à plusieurs reprises de joindre les représentants des artisans miniers ainsi que le chef de chantier de la partie adverse. Nos colonnes leur restent ouvertes.

Affaire à suivre.

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