
Le 27 mars 2026, le général Abdourahamane Tiani a participé à un événement bien calculé : il s’est officiellement inscrit pour la nouvelle Carte Nationale d’Identité Biométrique (CNIB-AES). Cet acte, présenté comme un progrès technologique important, met surtout en lumière un décalage entre les ambitions affichées par le régime et ses promesses de départ.
Quand la junte est arrivée au pouvoir, elle avait mis en avant l’urgence de lutter contre l’insécurité et de reprendre le contrôle du territoire. Mais près de trois ans plus tard, ce projet civil avance plus vite que les résultats sur le terrain. En investissant beaucoup dans cette vitrine numérique, les autorités de transition semblent s’éloigner de leur objectif initial, transformant cet outil d’identification en un moyen de renforcer leur légitimité politique.
Ce projet, confié pour 15 ans à la société libyenne Al Itissal Al Jadeed, soulève plusieurs questions sur la manière dont les engagements pris auprès du peuple sont respectés. D’abord, la souveraineté pose problème puisque les données sensibles de plus de 28,8 millions de Nigériens sont entre les mains d’un partenaire étranger, issu d’un pays lui-même instable, alors qu’il n’existe pas encore de lois nationales pour protéger la vie privée des citoyens. Par ailleurs, la transparence fait défaut : ni les détails financiers du contrat public-privé, ni les mécanismes de contrôle du prestataire ne sont connus, surtout dans un contexte où les institutions de contrôle sont suspendues.
Pour beaucoup, cette carte avec la mention AES représente surtout une distraction. En valorisant des symboles de rupture avec la CEDEAO et une soi-disant modernisation administrative, le pouvoir tente de détourner l’attention des problèmes qui restent insolubles. Même si, sur le plan technique, la CNIB-AES est un progrès par rapport à l’ancienne carte cartonnée, elle révèle un paradoxe : le régime semble plus intéressé par le fichage des citoyens que par leur sécurité réelle. Pour Sahel d’Afrique, cette opération de communication ne fait pas oublier l’essentiel : un gouvernement se juge par la paix qu’il ramène, pas par la qualité de ses photos numériques.

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