
Entre stockages radioactifs et prières d’État, le CNSP joue avec le feu. Un cocktail explosif qui ignore l’urgence sécuritaire au Sahel.
Une société civile en état d’alerte, des attaques terroristes qui se rapprochent dangereusement de la capitale, et un régime militaire qui répond par des prières collectives et des fatwas. Des acteurs de la société civile, juristes, chercheurs et journalistes, regroupés au sein du Cadre de Lutte contre les Dérives du Niger (CDN), dressent, depuis Niamey un réquisitoire sévère et documenté contre la junte du général Tiani.
Un Sahel qui brûle, un Niger qui vacille
Le 25 avril 2026, des attaques simultanées, complexes et coordonnées menées par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) et le Front de Libération de l’Azawad (FLA) ont frappé plusieurs grandes villes maliennes, faisant de nombreuses victimes civiles et militaires. Un signal qui n’a pas manqué d’alarmer les observateurs nigériens : ce qui se passe au Mali est le miroir de ce qui se profile au Niger.
Car au Niger, la menace ne recule plus, elle avance. Les régions de Diffa, Dosso, Tahoua et Tillabéri, longtemps premières lignes d’une guerre asymétrique cantonnée aux zones rurales, voient désormais les attaques gagner les centres urbains et les installations stratégiques. Les bases aériennes militaires 101 et 401 des aéroports de Niamey et de Tahoua ont été visées, avec des bilans que les autorités s’obstinent à taire. En l’espace d’un seul mois, une vingtaine de policiers ont été tués aux entrées d’Ayorou et de Tillabéri. La réponse du régime, qui a fait le tour des réseaux sociaux avec consternation : inviter les citoyens à se défendre « avec des pilons, des bâtons et des flèches ».
Jeûne national, fatwas et instrumentalisation de la religion
Le 4 mai 2026, incapable d’apporter une réponse sécuritaire crédible, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) décrétait un jeûne national, des prières collectives, la fermeture des mosquées après chaque prière quotidienne et des marches de soutien au régime. Dans le cadre de l’opération « Akan Laya », une fatwa générale a été émise contre les « ennemis internes et externes » du pouvoir, et la pratique du Al Qunut, mobilisée à des fins politiques. Une instrumentalisation flagrante de l’islam, religion de paix et de tolérance, dénoncée comme une atteinte directe au principe constitutionnel de laïcité, et surtout, le signe d’un pouvoir à court de légitimité, cherchant dans la religion ce qu’il ne trouve plus ni dans les urnes ni sur le terrain.
1 000 tonnes d’uranium stockées dans le danger, près des habitations
Mais la menace sécuritaire n’est pas la seule. Depuis janvier 2026, un scandale sanitaire silencieux couve à Niamey. Près de 1 000 tonnes d’uranate de soude, transférées d’Arlit par convoi routier, sont entreposées à la base militaire 101 de l’armée de l’air, une infrastructure inadaptée au stockage de matières radioactives, à proximité immédiate de zones habitées, dans l’attente de leur exportation. Ce minerai contient essentiellement de l’uranium 238, dont la demi-vie atteint 4,5 milliards d’années. Sa désintégration émet des rayonnements alpha, bêta et gamma aux effets sanitaires documentés et graves : cancers, mutations génétiques, atteintes rénales et respiratoires, contamination de l’air, de l’eau et des sols.
L’ Autorité de Régulation et de Sûreté Nucléaires (ARSN) est directement interpellée sur son devoir d’alerte et de contrôle. L’ironie est cruelle : ce sont les mêmes autorités du régime qui avaient intenté un procès à la société française Orano sur la dangerosité de ce même minerai, avant d’en autoriser le stockage dans ces conditions précaires au cœur de Niamey. La responsabilité collective et individuelle des membres du CNSP et du gouvernement est engagée pour ce que des observateurs qualifient de « crime contre la santé des populations et l’environnement ».

Droits humains : un État qui rétrécit
Sur le plan des libertés, le tableau est tout aussi sombre. Le président élu Mohamed Bazoum est détenu depuis le coup d’État de juillet 2023, avec son épouse Hadiza et son ancien ministre de l’Intérieur, Hamadou Adamou Souley. Des journalistes et militants de la société civile croupissent en détention arbitraire. Des citoyens nigériens se voient retirer leur nationalité en raison de leur engagement démocratique, une violation de l’article 9 de la Convention des Nations Unies sur la réduction de l’apatridie, à laquelle le Niger est pourtant partie. Partis politiques, syndicats, ONG et associations ont été dissous par décret.
Un appel à résister, démocratiquement
Face à cette accumulation de crises, des voix citoyennes appellent l’ensemble des populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger à se mobiliser dans des cadres républicains pour le retour à l’ordre constitutionnel — seul moyen, estiment-elles, d’inventer des réponses collectives, inclusives et durables contre le terrorisme. L’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), dont le lancement est prévu le 9 mai 2026 à Bruxelles, est présentée comme un premier cadre de convergence démocratique régionale.
« L’État se meurt petit à petit dans l’indifférence des autorités de fait, qui ne gouvernent qu’au moyen de la peur, de la répression, du mensonge et de la propagande. »
Par : La Rédaction


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