NIGER : La déchéance de nationalité, nouvelle arme politique du CNSP

Par : Moussa Mahamadou Nazirou

Le Général Abdourahamane Tiani, président du CNSP.

Au Niger, le Cotnseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) a franchi une nouvelle étape dans le durcissement de son régime. À Niamey, priver quelqu’un de sa nationalité est devenu un moyen politique courant : vingt personnes en ont déjà fait l’expérience.

Une arme politique contre la dissidence

En recourant à cette mesure contre des opposants et des personnalités critiques, la junte au pouvoir transforme un outil juridique d’exception en une véritable arme politique. L’objectif est clair : asseoir son autorité et neutraliser toute dissidence, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, marquant ainsi une escalade significative dans la stratégie de contrôle du pouvoir militaire.

Aminata et Djibo : La nationalité retirée par décret

Le général Abdourahamane Tiani, président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), a signé ce mercredi 1er avril 2026 un décret qui retire provisoirement la nationalité nigérienne à deux personnes : Madame Takoubakoye Aminata, née Aminata Boureima le 23 septembre 1979 à Niamey, et Monsieur Djibo Yaya, né le 16 juillet 1983 à Bonoua en Côte d’Ivoire. Ces deux personnalités sont connues : Aminata Boureima a exercé comme ministre en 2010, puis a dirigé l’Institut national de la Statistique (INS) à partir de 2022, et Djibo Yaya a travaillé dans le cabinet présidentiel de Mohamed Bazoum. Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, ils vivent en exil et critiquent le régime militaire activement sur les réseaux sociaux. Les accusations retenues contre eux sont larges et floues : troubles à la paix et à la sécurité publique, diffusion d’informations perturbant l’ordre public, diffamation, insultes en ligne et apologie du terrorisme. Des accusations graves, prononcées sans procès ni débat contradictoire. En réalité, le retrait de nationalité est utilisé faute de pouvoir les emprisonner au Niger. Cette mesure sert surtout à réactiver la base de soutiens du régime, incapable de présenter des réalisations tangibles alors qu’il entre dans sa troisième année de détention arbitraire du pouvoir et de confiscation des libertés.

Le spectre de l’apatridie et les lois internationales

Cette mesure s’appuie sur l’ordonnance n° 2024-43 du 27 août 2024, modifiée en octobre, qui donne au chef de l’État le pouvoir de retirer la nationalité avant un jugement final. Cette déchéance est dite « provisoire », les personnalités proches de l’ancien pouvoir craignent d’en être les prochaines cibles et doutent que ces déchéances puissent jamais être annulées. Ce qui étonne, c’est que cette pratique devient habituelle : avec ce décret, vingt Nigériens ont perdu leur nationalité depuis octobre 2024, parmi eux l’ancien ministre des Affaires étrangères Hassoumi Massoudou et l’ancien ministre du Commerce Alkache Alhada. Ceux qui ne possèdent pas une autre nationalité deviennent apatrides. Ils perdent alors l’accès aux soins, à l’éducation, au travail et à toute protection consulaire — une situation clairement condamnée par les conventions internationales de 1954 et 1961.

Il faut dire les choses clairement. Dans un État de droit, on juge une personne après un vrai procès et un débat équilibré — on ne supprime pas la nationalité par simple décret à cause de publications sur les réseaux sociaux. Pourtant, le CNSP dispose des tribunaux pour poursuivre ceux qu’il considère comme une menace. Le choix d’enlever la nationalité montre surtout une volonté d’intimidation qui va au-delà de la sécurité, visant tous ceux qui critiquent le pouvoir, qu’ils soient en exil ou à Niamey. Le Niger traverse une période difficile avec une insécurité réelle et de gros défis économiques. Dans un tel contexte, le régime aurait besoin de légitimité, pas de mesures juridiques brutales contre des opposants à l’étranger. Réduire au silence par la privation de nationalité ne montre pas de la force. Cela révèle surtout une fragilité que nul décret ne changera jamais.

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